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Soutenance de Giulia Breda

Giulia Breda a soutenu sa thèse intitulée : (Co)Développement et gestion internationale des migrations : Contrôler le savoir pour savoir contrôler le lundi 9 septembre 2019 à 14h à l’Université Côte d’Azur, salle 005 de la MSHS (SJA3, 5 Avenue François Mitterrand, 06300 Nice). Plan d’accès

Composition du jury : 

  • Hassan Boubakri, Professeur des Universités, Université de Sousse
  • Thomas Lacroix, Directeur de recherche, CNRS (rapporteur)
  • Antoine Pécoud, Professeur des universités, Université Paris 13 (rapporteur)
  • Swanie Potot, Chargée de recherche, CNRS (directrice de thèse)
  • Christian Rinaudo, Professeur des universités, Université Côte d’Azur (directeur de thèse)
  • Catherine Wihtol de Wenden, Directrice de recherche, CNRS

Résumé de la thèse : La thèse interroge la construction du discours des organisations internationales sur le lien entre migration et développement. Les questionnements de recherche partent du constat de la distance entre le discours politique prônant la migration temporaire comme modèle « triplement-gagnant » et les réalités d’exploitation et de précarisation sur le terrain de la main-d’œuvre saisonnière étrangère. Ces observations sont le résultat d’un travail de terrain sur les expériences migratoires de travailleurs saisonniers magrébins mené dans les Bouches-du-Rhône et dans leur pays d’origine (2012-2016). 
Pour la construction de l’objet de recherche, l’autrice utilise une approche diachronique sur l’évolution, depuis l’après-guerre, de la notion de codéveloppement. Cela permet de montrer l’influence du contexte idéologique et géopolitique sur la carrière institutionnelle de certains courants scientifiques participant à l’interprétation et à la production des « savoirs » sur le codéveloppement.
L’enquête se focalise sur les relations de pouvoir et le rôle des différents savoirs (scientifiques, « locaux » et institutionnels) dans la construction d’une approche globale de la gestion des migrations internationales. Une observation participante de six mois a été conduite au sein d’une organisation internationale grâce à un stage dans une initiative pour le codéveloppement. L’objectif principal de cette dernière est de fournir aux décideurs politiques des pays du « Sud » des savoirs pour « mieux » gérer les migrations. Ces savoirs sont codifiés dans des « produits de connaissance » à travers une stratégie de « knowledge managment » et présentés comme des « preuves » venant de projets de codéveloppement.
Les données de terrain sont analysées, d’une part, à partir d’une approche extensive, permettant de voir comment la position des acteurs en jeux dans le champ du codéveloppement international (organisations internationales, gouvernements nationaux, autorités locales, « société civile » locale, associations de migrants, chercheurs) contraint et influence leurs stratégies dans le processus de production et de mobilisation de savoirs.
D’autre part, une approche plus intensive permet de décrire les dynamiques plus fines dans les interactions entre différents acteurs et leur effet sur la traduction et le partage de savoirs ainsi que sur la diffusion des « bonnes pratiques ».
Au final, la thèse montre les retombées de la technicisation du discours et de l’action pour le codéveloppement. Tout en s’insérant, comme médiatrices, dans une relation inégalitaire entre pays du « Sud » et pays du « Nord », les organisations internationales doivent s’adapter aux enjeux du champ du développement en empruntant une stratégie de dépolitisation. Celle-ci passe par la construction d’une expertise légitimée par les acteurs locaux du Sud à travers des instruments de co-construction de connaissances qui reproduisent pourtant les biais liés aux rapports de pouvoir entre les acteurs en jeu dans la problématisation des questions traitées.