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Appel à communications « Les violences sexistes après #MeToo »

Wolfmann [CC BY-SA 4.0]

Journées d’étude organisées à Paris en décembre 2019 par le Labo Junior-Cité du Genre-USPC « VisaGe » : Violences fondées sur le genre. Données, santé, jeux d’échelles. L’Urmis fait partie du comité d’organisation.

Merci d’envoyer vos propositions, d’une longueur de 3 000 signes maximum, avant le 1er juin 2019 à l’adresse : labo.visage@gmail.com

Plus d’infos : http://labovisage.org/evenement/list


En octobre 2017, le New York Times et le New Yorker publient des enquêtes sur les accusations pour harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols, dont fait l’objet Harvey Weinstein, producteur de cinéma états-unien renommé et influent. Au fil des semaines, près de cent femmes révèlent avoir subi des violences sexuelles, perpétrées par le magnat de l’industrie hollywoodienne. À la suite de ces révélations en chaîne, l’actrice Alyssa Milano réemploie le hashtag #MeToo, lancé dix ans plus tôt par la féministe new-yorkaise Tarana Burke. S’ensuit un phénomène mondial, lors duquel #MeToo (#MoiAussi, ou encore #BalanceTonPorc dans sa déclinaison française), est repris individuellement par des femmes internautes sur une diversité de supports virtuels. Les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook, mais aussi des sites Internet dédiés, deviennent un espace d’écriture et de parole pour les femmes, au sujet des violences sexuelles masculines et sexistes dont elles ont été victimes et qu’elles continuent de subir.
Depuis lors, la force de l’événement ne s’est pas démentie. Ce dernier est à la fois le lieu d’une reformulation et d’une intensification de luttes féministes préalablement en cours contre les violences sexistes. Par ses supports techniques, et son « effet viral », il apparaît comme une amplification géographique, transgénérationnelle voire transculturelle de la disqualification morale de ces violences. Deux ans après l’éclatement de l’affaire et ses échos à l’échelle mondiale, nombre d’observatrices et d’observateurs vont jusqu’à estimer que #MeToo constitue un événement-rupture pour l’histoire des femmes. D’autres resituent cette prise de parole dans l’histoire longue du féminisme et dans les combats contre les violences sexistes.
Les journées d’étude, qui se tiendront à la fin de l’année 2019, sont organisées à l’initiative d’une nouvelle génération de chercheuses françaises sur les violences de genre constituées
en « labo junior – Cité du genre », de l’Université Sorbonne Paris Cité. Ces journées poursuivent un triple objectif.

* Il s’agira d’abord de décrypter, à l’appui des savoirs et des méthodes des sciences humaines et sociales, le phénomène #MeToo dans toutes ses dimensions. Plusieurs axes, non exclusifs les uns des autres, seront déclinés.
1/ Le premier a trait à l’analyse de la matérialité du phénomène, qu’il importe de circonscrire dans les espaces-temps de sa production comme dans ceux des enquêtes. Quelle est l’épaisseur sociale de #MeToo en termes de motifs des dénonciations, de leur nombre, de leurs auteures et de leurs destinataires ? Quels en ont été les supports virtuels et les relais médiatiques ? Qu’est-ce que « l’effet viral » en tant que tel et qu’aurait-il de spécifique par rapport à celui que peuvent connaître d’autres mouvements sociaux, portant sur d’autres causes ? Comment l’événement a-t-il débordé ses foyers initiaux de production ? Vers quels espaces (syndicaux, partisans, universitaires, journalistiques, …) et pour quelles affaires mobilisant l’opinion et la justice ? Avec quels leviers et quels effets ?
2/ Le second correspond à l’étude des régimes de discours sur les violences sexistes. Si la judiciarisation et la description psychologique des effets des violences dominent les débats, sont-ils les seuls discours et analyses légitimes, notamment dans l’espace médiatique ? Qu’est-ce que le phénomène #MeToo a révélé et provoqué en termes de façonnement moral de la dénonciation publique et privée sur les violences sexistes ? Pour quelles controverses, pour quelles productions et interprétations écrites et orales, qualitatives et quantitatives ? L’usage des triggerwarnings (« TW ») dans les pratiques militantes féministes peut ici faire l’objet d’une attention spécifique : avec #MeToo mais aussi dès avant, comment les triggerwarnings permettent-ils de comprendre ce que les mouvements féministes définissent comme « violent » ?

* Deuxième objectif, il s’agira d’inscrire #MeToo dans une histoire de la politisation des violences sexistes contre les femmes : en quoi cet événement reflète-t-il les transformations des féminismes et du traitement social et politique des violences sexistes ?
1/ Un premier axe porte sur les rapports entre les dimensions individuelles et collectives du phénomène #MeToo.
Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux ont-ils permis de fédérer les expériences isolées de violence ? Ces usages des réseaux sociaux ont-ils permis d’articuler de nouvelles formes de militantisme ou de renforcer des démarches et des pratiques existantes ?
La parole individuelle démultipliée sous la forme d’une unique expression traduit-elle tout à la fois la singularité des vécus de violence, tout en signant l’implication personnelle dans un sort commun ? Plus généralement, comment interpréter la place de cet événement et de ce phénomène dans l’histoire longue du féminisme ?
2/ Une deuxième approche découle du questionnement sur les tensions entre singularité et sort commun, entre occultation et mise en lumière. L’hypervisibilisation des violences sexuelles au travail a-t-elle masqué d’autres violences ? Malgré ses aspects de nouveauté, #MeToo prolonge-t-il les termes habituels de la dénonciation pour violences sexuelles, en termes de profils sociaux des dénonciatrices et des hommes dénoncés? À partir de ces questionnements, assiste-t-on à une compréhension systémique des violences, ou à de nouvelles formes de spécifications (par ex. sur le harcèlement sexuel au détriment du féminicide) ? #MeToo et son traitement analytique ont-ils contribué à déshistoriciser les luttes des femmes contre les violences ?
3/ Enfin, l’enjeu de la traduction punitive, préventive et de manière générale régulatrice des violences fait l’objet d’un dernier questionnement. Certains médias ont constaté en France le hiatus entre l’accroissement des dénonciations, et en proportion, la décroissance des sanctions pénales prononcées. De même observe-t-on le maintien d’une action publique présentée depuis quelque temps comme consensuelle, sans qu’elle soit sensiblement infléchie par l’effet social de #MeToo. Cela pose en termes généraux la question de l’intégration par l’action publique (dans toutes ses dimensions : législatives, administratives, judiciaires, éducatives, préventives, etc.) du souffle événementiel caractérisé par l’effet #MeToo.

* Le troisième objectif est de contribuer à la réflexion épistémologique sur l’analyse des violences sexistes en France. L’initiative de ce colloque étant du fait d’un « laboratoire junior » – Cité du genre-USPC (laboratoire VisaGe), nous souhaitons analyser la façon dont les violences sexistes sont de plus en plus traitées centralement ou transversalement par les jeunes chercheur.e.s sur le genre. Nous dressons l’hypothèse que #MeToo est à la fois un révélateur et un accélérateur d’un événement épistémologique sur l’appréhension du genre lui-même. Pour aborder cela, nous proposons d’explorer deux questionnements auxquels nous répondrons sous la forme d’organisation de panels ou de tables rondes :
1/ Comment la recherche sur le genre se confronte-t-elle à l’irruption plus ou moins attendue des témoignages sur les violences ? Que fait #MeToo aux méthodes de recherche ?
2/ Les foyers virtuels et matériels de #MeToo ayant été nord-occidentaux, comment penser l’histoire de la lutte contre les violences sexistes, avec ou sans phénomène #MeToo, en dehors de l’origine politique et culturelle de l’affaire Weinstein et de ses conséquences ?

En vous appuyant sur ces différents axes, vous pouvez envoyer des propositions de communications issues de diverses disciplines des sciences humaines et sociales et portant sur des contextes géographies variés.

Merci d’envoyer vos propositions, d’une longueur de 3 000 signes maximum, avant le 1er juin 2019 à l’adresse : labo.visage@gmail.com
Les réponses à ces propositions seront envoyées aux auteur.e.s avant le 15 juillet 2019.
Les journées d’étude se dérouleront à Paris, mi-décembre 2019. La date et le lieu précis de ces journées seront annoncés ultérieurement.